 . . Comme un souffle d'air qui se lève, Secouant la vieille poussière Des espoirs et débris de rêves, Résonne une corne de guerre. Son inconnu, pourtant très fier : Enfin, de sa voix restaurée, S'adresse à vous comme à ses frères, Présage d'éclairs déchaînés.
Alors qu'un autre jour s'achève, La nuit couvre les pleurs, amers, Qui des monceaux de corps s'élèvent : Le sceau de la Horde guerrière. Répondre au fer, non par le fer, Mais par la fureur de l'acier : Une troupe de mercenaires, Présage d'éclairs déchaînés. Et ensemble, soyons la sève, De cet arbre aux branches altières ; Et ensemble, foulons la grève, Repoussons le mal de nos terres ; Le sang, la douleur, la poussière, Le lot commun des engagés, Pour forger un tout solidaire, Présage d'éclairs déchaînés. Vous ! Ennemis héréditaires, Craignez l'approche des nuées, Car elles sont, gravés dans la pierre, Présages d'éclairs déchaînés ! Lien vers le sujet en Guilde : viewtopic.php?f=13&t=12119
Prémices :  Stormborn observait discrètement les visages des trois hommes qui l'entouraient, pour le moment occupés à étudier tout un fouillis de cartes, rapports et vieux textes étalé sur la table haute qui les séparait. Des visages familiers qui, malgré les années et la distance, l'accueillaient toujours avec la même chaleur. Celui qui lui faisait face s'appelait Martel, premier d'entre eux à avoir croisé son chemin. Paladin peu orthodoxe possédant sa propre conception du service à rendre à la Lumière, toujours prêt à plaisanter et le sourire facile, désinvolte souvent, il cachait derrière cette bonhomie une foi à toute épreuve, et une loyauté qu'il avait eu l'occasion de prouver plus d'une fois. Par son biais, elle rencontra Athelstan. Prêtre rigoureux et intransigeant, sa discipline et son intellect lui assuraient un brillant futur dans le clergé de la capitale. A sa connaissance, lui et Martel étaient bons amis, se rendant de nombreux services et faisant front commun plus souvent que l'on ne pouvait s'y attendre vu le nombre et l'ampleur de leurs désaccords dogmatiques. Restait Enguerrand, le plus discret des trois, dont la noblesse et la jeunesse des traits étaient constamment voilées de l'ombre douloureuse d'un orgueil blessé. Stormborn l'avait sauvé par de constantes attentions et interventions de la folie qui le guettait, perdu qu'il était dans un tourbillon de peine, de rage et de désespoir ; et peu à peu le courageux jeune homme, jurant de dédier sa vie au service des nécessiteux dans l'espoir de racheter son nom, lui était devenu d'une fidélité sans faille. C'était pour des hommes comme eux que Stormborn était tombée profondément amoureuse de la race humaine. Éphémères et imparfaits, les hommes et les femmes du royaume de Stormwind n'avaient d'autres choix que d'affronter les périls d'un monde hostile armés seulement de toute l'ardeur et la passion qui caractérisaient leur peuple, et cela la fascinait. C'était par des hommes comme eux, elle en était convaincu, que l'Alliance réaliserait son salut. Tous trois avaient répondu à son appel, abandonnant là leurs missions et responsabilités du moment afin de gagner au plus vite Stormwind et le lieu de leur rencontre. Jusqu'à ce jour, ils étaient restés hors de son combat, suivant leur propre voie ; à l'heure de la résurrection de la première Franche-Compagnie, elle n'avait pu penser à personne d'autre qu'eux, son réseau de contacts s'étant amenuisé jusqu'à devenir silencieux. A son grand soulagement, ils acceptèrent unanimement sa proposition. Ne restait plus désormais qu'à regagner tout le terrain abandonné, et cela commencerait par se faire connaître. Poussant un soupir las, Martel s'étira, éveillant l'attention de ses compagnons. Avec un sourire tout juste contenu, il dit : « Je pense que nous avons tous besoin d'un peu d'air frais, et je meurs de faim... Qui m'accompagne à l'auberge ? » A l'extérieur, la nuit tombait lentement, couvrant d'ombres les grands bâtiments du quartier. D'un ton moralisateur mais tout en suivant Martel qui se dirigeait déjà vers la porte, Athelstan lui répondit : « Je doute fort qu'aucun autre Paladin ne passe autant de temps que vous à boire et à manger, encore moins en de tels lieux... Vraiment, vous êtes un glouton. » Ce à quoi Martel répondit en riant de bon cœur : « Rassurez vous, c'est moi qui vous invite ! » Enguerrand, toujours assis, fixa son regard droit dans celui de Stormborn, attendant son approbation, qu'elle lui donna d'un petit hochement de tête, le coin des lèvres esquissant un discret sourire, avant de se lever à son tour. « Oui, murmura t-elle pour elle-même, eux à mes côtés, l'avenir ne peut être que radieux... »
 Stormborn se déplaçait à grandes enjambées pressées dans les rues de Stormwind, l'esprit occupé par l'imminence de son voyage : elle avait enfin réussit à rassembler une poignée d'âmes courageuses et volontaires pour se faufiler jusqu'à Brandeguerre, un vieux drake noir sur le déclin logeant au sud du Marécage d'Âprefange, afin de tenter de forger un Sceau d'Ascension. Un être d'une grande puissance, qui s'était présenté à elle sous le nom de Vaelan, l'avait guidée sur cette piste ô combien longue et dangereuse, et aujourd'hui marquait peut-être la fin du voyage. Elle se déplaçait avec aisance dans les rues qui commençaient à se vider à mesure que le jour déclinait, esquivant machinalement les différents obstacles qui se présentaient. Aussi occupé que fut son esprit, rien ne pouvait l'obnubiler au point de ne pas reconnaître le son qui perça soudainement l'air, et immédiatement ses sens furent en éveil, son esprit alerte et ses yeux aux aguets : la rude langue orque résonnait bel et bien, en plusieurs cris gutturaux. Ici même. Dans Stormwind. Elle n'eut besoin que d'une seconde pour passer de la marche à la course, et se dirigea vers la source de tout ce raffut. Un Orc parcourait effectivement les rues, évitant les gardes et leurs vaines tentatives pour l'arrêter, juché qu'il était sur un véloce et agile raptor. A la vue d'un combattant supplémentaire et des options qu'elle apportait avec elle, il décida néanmoins de fuir, et disparut en quelques bonds de sa monture hors de vue de ses poursuivants. Laissant les gardes organiser leurs patrouilles et leurs fouilles, Stormborn s'écarta, se recula dans l'ombre d'un bâtiment, se métamorphosa : une panthère, ombre parmi les ombres, s'éloigna sans un bruit. Les sens ainsi amplifiés, elle ne tarda guère à repérer la trace – qui de l'Orc ou du raptor laissait flotter derrière lui l'odeur la plus aisée à suivre était dur à dire – et la remonta, silencieuse et déterminée. Elle retrouva ses proies dans une ruelle isolée, étonnamment calmes et sûrs d'eux. Cela ne fit que renforcer sa méfiance. Se coulant d'ombres en cachettes, elle se rapprocha, ne quittant pas l'Orc – ce devait être un Chaman au regard de son vêtement – du regard. Malgré tous ses soins, il sembla discerner une présence, et se mit à effectuer divers signes d'apaisement, courbettes, gestes des mains , dans toutes les directions, comme pour être sûr d'être compris. Quelque chose n'allait décidément pas. Elle ne l'avait certes pas vu se battre, simplement éviter les gardes, et il semblait essayer de prouver sa bonne volonté. Restait qu'il n'avait rien à faire ici. Un éclaireur d'une incursion de la Horde ne se comporterait de toute manière pas ainsi... Stormborn prit la décision risquée de se révéler à lui sous sa forme elfique, tout son corps prêt à réagir au moindre signe d'entourloupe. Mais l'Orc ne fit que répéter ses mouvements et gestes pacifiques, allant jusqu'à se mettre à genoux devant elle. Si Stormborn était une farouche adversaire de la Horde, elle n'avait aucun goût pour les tueries ni pour la mort sans raison. Aussi, malgré sa réticence et tout ce en quoi elle croyait, elle tenta de faire comprendre à l'Orc qu'il lui fallait partir immédiatement, qu'il n'était pas le bienvenu. Tâche malaisée que celle-ci ! Au bout de quelques minutes et lorsqu'il devint évident que rien n'aboutirait, elle lui fit signe de la suivre, à regret. Elle le conduisit – son raptor suivait, à son plus grand désarroi, car la bête augmentait les risques d'être vus – à travers des ruelles aveugles et des places désertes, déployant des trésors d'ingéniosité pour le mener elle-même hors de la ville sans être vue. Elle n'osait penser aux conséquences si on l'apercevait en compagnie d'un Orc, plus encore à l'intérieur de l'enceinte d'une cité de l'Alliance... L'esprit préoccupée, elle mit une minute à se rendre compte que l'Orc ne la suivait plus. Serrant les mâchoires, elle revint sur ses pas, détermina facilement la direction qu'il avait dû prendre, et se pressa de le retrouver : l'imbécile d'Orc, attiré par l'odeur d'une cuisine décente, ou bien reconnaissant l'aspect universel d'un débit de boisson, avait pénétré une auberge, à son crédit avec subtilité. Passant elle aussi la fenêtre par laquelle il avait passé, elle s'apprêtait à lui signifier toute l'irritation qu'elle ressentait et l'inconséquence de sa conduite d'un claquement de langue sourd lorsque apparut dans l'embrasure de la porte une serveuse. A la vue d'un Orc au milieu de la cuisine déserte, elle poussa un cri de surprise qui se mua en appels au secours presque instantanément, et repartit là d'où elle venait en courant. Stormborn était sûre de ne pas avoir été vu, aussi pressa t-elle l'Orc de la suivre, de repasser la fenêtre et de regagner la rue. C'était sans compter l'arrivée d'un jeune garde, qui avait dû se trouver un instant plus tôt à la porte de l'auberge et qui, n'écoutant que son devoir et son courage, se jeta sur l'Orc. Le corps à moitié passé par l'ouverture, Stormborn vit avec horreur la scène dans tous ses affreux détails : le garde qui chargeait, l'Orc, campé sur sa position et en dépit de ses appels passés, qui encaissa le choc, l'arme glissant sans dégâts sur l'épaisse maille qui le couvrait des pieds à la tête, et qui d'un coup d'épaule repoussait l'homme. Tout juste assez pour qu'il saisisse le manche d'une lourde masse qui saillait de ses épaules, et qu'il en assène un grand coup dans les côtes du garde déséquilibré. D'un cri frissonnant, Stormborn bondit dans la pièce, mais abandonna immédiatement la poursuite de l'Orc qui s'enfuyait de nouveau. Elle tomba à genoux à côte de l'Humain, mort déjà. Serrant le corps brisé dans ses bras, elle ne laissa s'échapper de toute sa frustration et tristesse, de tout le poids du remord qui l'envahissait, qu'une unique larme, jurant silencieusement de rendre justice à la victime de sa naïveté. Elle trouverait cet Orc et lui ferait payer le prix du sang. Oh oui, il payerait, et il n'y aurait plus de considération ni de mesure dans la guerre qu'elle mènerait. Cela, elle le jurait avec toute son âme.
Le son du RenouveauLa nuit régnait au dehors en tyran absolu, couvrant d'ombres mouvantes la belle Stormwind. Stormborn, réfugiée dans un angle de la grande pièce qui occupait tout le rez-de-chaussée du bâtiment, fixait pensivement le tapis, une jambe prenant appui sur l'autre, et caressait du bout des doigts les courbes d'un objet placé dans le giron ainsi formé. La petite chouette cornue qu'elle avait récupéré plus tôt dans la journée hululait sourdement à ses côtés, perchée sur un dossier de chaise. Elle s'étonnait encore de s'être prise d'affection pour elle, mais cet animal lui inspirait calme et sérénité, propres à apporter la sagesse. Sagesse dont elle avait grand besoin en cette heure. Une rencontre fortuite l'avait mise en possession d'un artefact dont elle ne savait quoi faire. Ô, c'était bien elle qui avait initié l'échange, de par sa propre volonté. Mais maintenant qu'elle le tenait entre les mains, elle n'était pas sûre du choix à faire. L'aventurière qui le possédait au départ fut vite convaincue : une Orbe de Piété servit de monnaie à l'échange, et les deux parties s'estimèrent gagnantes. Trouvé au cours d'un quelconque voyage, l'objet, une fois débarrassé des haillons qui le couvrait et de la souillure qui le maculait, resplendissait. Même dans la demie lumière qui régnait – la salle n'était que faiblement éclairée et Stormborn s'était retirée dans un des coins les plus obscurs de celle-ci – le métal renvoyait de fugaces éclats de lumière, profitant de sa belle courbure pour accrocher le moindre rayon lumineux. Un cor. Non, pas un simple cor. La Corne du Lion de Stormwind. Impossible de s'y mérpendre : les gravures et inscriptions l'auraient indiquées à un aveugle. Un artefact dont elle savait peu de choses, sinon qu'il était supposé perdu. Et aujourd'hui, elle le tenait dans ses mains. Pour Omen, c'était un symbole inespéré et le signe que le destin les favorisait. Mais elle ne se sentait pas la légitimité de le porter, elle, une Elfe. Non, la Corne se devait de revenir à un Humain. Mais là résidait tout son dilemme : qui de Martel ou d'Enguerrand la porterait ? Quelle serait leur réaction lorsqu'elle annoncerait la nouvelle, et son choix ? D'autres partis créeraient t-ils de l’esbroufe, s'estimant plus dignes de la posséder ? Dehors, la nuit s'allongeait sans fin et rendait silencieuse la grande cité, laissant Stormborn seule, jouant toujours avec l'objet entre ses doigts effilés, distraite seulement par les sollicitations de sa nouvelle compagne la chouette, à méditer.
Les leçons du passé : La cérémonie lui semblait interminable. Stormborn n'était extérieurement que gestes mesurés et sourires patients ; intérieurement, elle sentait vibrer les moindres fibres de son être, assaillie qu'elle était par la multitude des préoccupations qu'un séjour prolongé faisait naître en elle. Elle se trouvait à Reflet-de-Lune, l'immense vallée encaissée où le Cercle Cénarien tenait ses quartiers permanents et où les druides de tous horizons aimaient à se rassembler et se retrouver. Comme chaque année, elle rendait visite à son mentor et ami. Sauf qu'en cette occasion, Stormborn n'y prenait aucun plaisir et attendait avec impatience l'heure du départ, à laquelle elle pourrait regagner les rues de Stormwind et d'Ironforge – et continuer d’œuvrer au renouveau d'Omen. Ironique, elle le savait, puisque c'était justement son tempérament prompt à l'emportement qui la retenait ici. Elle se souvenait encore très clairement du jour qui marqua son entrée dans le monde du druidisme et en ces lieux, brisée de corps et d'esprit, moribonde au point qu'on l'y avait transportée en urgence. L'effort conjugué de plusieurs druides fut nécessaire pour qu'elle reste en vie – la laissant pourtant amoindrie, à son plus grand désespoir. La paix du lieu ne la renvoyait à l'époque qu'à son propre silence, pesant de toute sa quiétude sur son âme autrefois tempétueuse et combative, et la constante demie-lumière du lieu qui régnait sous la frondaison des grands arbres était autant d'ombres qui l'appelaient à rejoindre la nuit. Dans cet état second et encore convalescente, un druide vint la trouver. Plein de pitié à son égard, il raviva et nourrit l'ancienne flamme qui l'animait ; par des soins constants, jouant de son naturel passionné, il couvrit les vieilles plaies d'une écorce épaisse, et Stormborn puisa au fil des années dans l'art druidique une nouvelle force, luttant farouchement pour s'arracher aux ténèbres muettes qui menaçaient de l'engloutir. Surtout, elle lutta tout le temps que dura son apprentissage contre elle-même afin de découvrir et d'acquérir la patience, la retenue et le jugement requis par son maître. Son esprit restauré et consolidé par l'enseignement reçu, Stormborn perçut de nouveau l'appel de l'extérieur et de l'aventure qui lui avait tant coûté par le passé. Elle quitta son maître sans un mot, sachant qu'il lui fallait affronter ses démons seule, dans l'espoir qu'il existe quelque part autre chose que cet éternel silence... Se remémorer son départ apaisa Stormborn : tant de chemin avait été parcouru depuis cette époque... La situation qui l'agaçait tant une seconde auparavant lui apparut sous un jour nouveau : certes, s'absenter aux premiers jours de la reformation d'Omen pénaliserait sa Compagnie, mais n'avait-elle pas appris que le temps jouait toujours en faveur de ceux qui en acceptaient les contraintes ? N'avait-elle pas été formé aux vertus de la tempérance ? Et de ses voyages, ne conservait-elle pas le souvenir chaleureux des rares fois où elle accordait à juste titre sa confiance aux personnes qui la suivaient ? Son sourire changea d'une manière imperceptible, mais l'Elfe qui lui faisait face ne s'y trompa pas, et elle perçut les signes tout aussi discrets de son approbation : maître et élève ils resteraient, peu importait la distance ou les années.  Sa visite annuelle s'achevait. Comme à son habitude, Stormborn en ressortirait plus humble, tranquille face aux tracas de l'avenir, et plus déterminée que jamais. Quel que fut le temps nécessaire, Omen vivrait.
Reconnaissance d'un jour La place bondée résonnait de mille et un bruits, cris des marchands couvrant appels d'enfants, essieux de charrettes grinçant à qui mieux mieux, cliquetis et chocs des armures de plates ou d'anneaux sur le pavage inégal marquant la cadence des patrouilles. Un peu à l'écart, assise sur la margelle de pierre bordant l'un des nombreux arbres de la ville, Stormborn observait la foule d'un œil distrait. Elle attendait patiemment depuis une bonne vingtaine de minutes, mais la tâche qui l'occupait s'était présentée à elle plus tôt dans la journée. Par l'intermédiaire de son réseau de connaissances, elle était entrée en contact avec un Mage au surprenant sobriquet de « Tartopoireau », qui requérait les services d'un maître artisan travailleur du cuir, pour passer commande des méconnues pièces d'armure tempétueuses. Une opportunité que Stormborn avait saisi volontiers, car elle possédait ce savoir-faire et les pièces d'or ainsi gagnées arrivaient à point nommé. Or donc, elle attendait que ne lui soit livrés les matériaux nécessaires, qui représentaient tout de même un chargement conséquent ; elle avait loué pour l'après midi une pièce à l'étage de la célèbre auberge du quartier commerçant et le temps filait. Autre motif de préoccupation, autre Mage : un certain Coconutzx cherchait des Feuillerêves, et il avait d'une étrange manière ciblé Stormborn comme fournisseur potentiel. Était-ce son ascendance elfique qui l'avait fourvoyé ? Ou le simple fait qu'elle fut druidesse ? Car elle n'était pas herboriste et ne possédait pas les plantes en question. Pourtant, et parce qu'elle se souvenait avoir lutté contre la Horde côte à côte avec ce même mage, Stormborn lui assura qu'elle lui ferait parvenir ce qu'elle pourrait de cette herbe. Il faudrait que Martel se démène comme un beau diable au milieu de ses obligations actuelles pour honorer sa promesse, mais elle savait qu'il s'en chargerait avec le sourire malgré tout. Un équipage s'arrêta devant l'auberge au grand dam des passants et autres consommateurs, et un homme robuste au crâne dégarni l'interpella d'un air pressé mais poliment : ses marchandises venaient d'arriver. A eux deux, ils déchargèrent bien vite le plateau de la charrette, et Stormborn sourit intérieurement en constatant que l'homme s'étonnait de la vigueur que cachait sa mince silhouette : bien des Humains méconnaissaient encore les Elfes, et elle s'amusait de leur surprise plus qu'elle ne s'en vexait. Elle laissa l'homme attablé devant un repas chaud et un verre de vin, qui lui valurent force remerciements, et monta s'atteler à sa tâche sans plus tarder. La nuit s'installait lorsque Stormborn vérifia une dernière fois son travail ; satisfaite, elle empaqueta soigneusement le tout, et se dirigea au pas de course vers le service de poste le plus proche ; là, après un court plaidoyer, elle obtint que ne parte sur le champs sa commande, et fut heureuse qu'on ne semblât pas lui en garder rancœur. Alors qu'elle s'apprêtait à quitter les lieux, un jeune garçon, qui la journée servait probablement de messager, s'approcha d'elle avec un air mi-effrayé, mi-intéressé. « Madame Elfe ? Est-ce que vous vous appelez… - il jeta un coup d’œil au parchemin qui accompagnait le paquet dont il était chargé – Strombord, Madame ? » La déformation de son prénom et la politesse maladroite du garçon firent s'étirer ses lèvres en un mince sourire. « - Oui, c'est bien moi. Pourquoi me cherches-tu ? - Un mage a laissé ça pour vous, répondit-il, les yeux étincelants ; et, alors qu'elle le débarrassait du paquet, il se mit à décrire avec de grands gestes et des hoquets d'excitation la tenue chatoyante et incroyable de l'Arcaniste, comment il avait fait apparaître un glaçon dans le verre de lait qu'il buvait à ce moment là, et tout un tas d'autres choses que Stormborn entendit à peine. Le paquet – une caisse, à vrai dire – et le mot étaient tous deux de Coconutzx ; un présent, apparemment, pour sa bonne volonté. Elle laissa le garçon à ses histoires et regagna sa chambre à l'auberge ; là, elle ouvrit lentement son présent, et contempla avec étonnement le chaton lové dans une pile de draps qui dormait, insouciant. Avec un regard prudent à sa chouette, perchée sur le dossier d'une chaise et visiblement endormie elle aussi, elle prit avec délicatesse l'animal dans ses bras. Il s'éveilla avec un petit miaulement et fixa ses yeux dans ceux de l'Elfe. « Bonjour, toi, murmura t-elle. » Elle n'obtint pas de réponse, mais c'était ce genre de journée qui lui conféraient l'envie d'en faire toujours plus pour l'Alliance.
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